La vie est un fleuve imprévisible, qui nous plonge tôt ou tard dans l’adversité. Dans nos périodes les plus sombres, nous cherchons une raison pour nous lever le matin. Les choses nous paraissent tellement absurdes que certains en arrivent au stade de préférer mourir que de continuer à endurer cette souffrance qu’ils voient sans issue.
Cela a été le cas de notre invitée du jour, qui s’est très vite trouvée confrontée à des épreuves, dès l’enfance, dès l’adolescence. Une longue traversée du désert pour enfin s’ancrer dans une vie qui fait sens.
Nous avons choisi de partager ce témoignage parce qu’il est rempli d’espoir. L’idée que dans nos ténèbres les plus sombres, se trouve une lumière que nous n’avions pas soupçonnée.
Alors écoutons ce témoignage, car, parfois, un chemin nous parle, nous inspire… à trouver le nôtre de chemin.
Ci-dessus, écoutez la version audio de notre interview.
On dit souvent que les plus belles années de la vie, c’est quand on a 20 ans. Cela s’est confirmé pour toi ?
Certainement pas ! Je pense que c’était ma période la plus noire et la plus difficile. A 20 ans, je me levais pour gagner ma vie, et je perdais ma vie à la gagner. Aujourd’hui, je me lève et je sais qu’il y a une parcelle de lumière à conquérir.
Je n’avais pas beaucoup d’espoir. J’étais vraiment ballottée par des démons intérieurs, des démons extérieurs. Mes 20 ans n’ont pas du tout été pour moi mes plus belles années. Je suis beaucoup plus heureuse que quand j’avais l’impression de subir les événements. Aujourd’hui, les choses ne sont peut-être pas faciles, mais elles sont choisies et assumées, et c’est un sentiment de grande liberté. Pendant très longtemps, je me suis plutôt laissée vivre et ballotter par les événements, les circonstances de la vie. Donc je ne faisais pas de choix, je me laissais porter par les circonstances extérieures, par de présumées opportunités, par la facilité, par le confort, par les choix de mon entourage peut-être davantage que les miens, peut-être aussi un certain conformisme dans ce que la société te propose et ce que tu acceptes.
Qu’est-ce que tu ressentais ? Est-ce que tu t’en souviens ?
Je pense qu’il y avait un certain désespoir, un certain non-sens. Pendant de longues années, j’ai eu l’impression d’être dans un labyrinthe, à faire des essais-erreurs. Je tentais d’ouvrir une porte, ce n’était pas celle-là, aller dans un pays, ce n’était pas celui-là, faire un métier, ce n’était pas celui-là. Je trouvais que la vie était assez absurde. J’avais vécu des choses difficiles, ou en tout cas que je vivais avec difficulté parce qu’il me semblait qu’elles me tombaient dessus et que je ne les avais pas choisies, et cette accumulation de choses difficiles à vivre a conduit vraiment chez moi à un non-sens. Je me disais : « Mais, c’est quoi la vie ? C’est vivre des choses douloureuses, difficiles, et puis peut-être travailler et, à un certain moment, mourir ? Mais c’est quoi ce programme, il n’a aucun sens ! ». Il y avait une énorme colère. Il y avait une énorme tristesse. C’était vraiment un sentiment de désespoir, à me dire : « Mais qu’est-ce que je fais là ?!? A quoi rime tout cela, de se lever le matin, d’aller travailler, de manger, de rentrer, de se coucher et de recommencer ? ».
Pendant de longues années, j’ai eu l’impression d’être dans un labyrinthe, à faire des essais-erreurs
Une colère envers l’extérieur ou envers toi-même ?
Alors, à l’époque, comme j’étais très déresponsabilisée, je pointais surtout l’extérieur. Comme si la société était responsable de m’offrir un programme et que moi, malheureusement, je devais le subir. Donc, j’étais en rage contre mon entourage, contre la société. J’aurais été en rage contre Dieu, même si c’était abstrait pour moi. J’étais en rage contre tout et contre moi-même aussi. Pourtant, c’était évident que j’avais ma part de responsabilité. C’est-à-dire que j’attendais tout de l’extérieur. J’étais dans une rage, une colère et une tristesse parce que l’extérieur ne m’apportait pas ce dont j’avais besoin, mais je ne savais pas de quoi j’avais besoin ! C’était vraiment un cercle sans fin. Et tout cela était douloureux, très douloureux.
Qu’est-ce que tu faisais pour tenter de donner du sens à ta vie ?
J’étais surtout en questionnement. Je me suis demandé : mais comment vais-je pouvoir être utile ? Parce que je pensais qu’en étant utile aux autres, j’allais être plus heureuse. Je me demandais ce que je devais faire peut-être pour correspondre ou pour répondre aux critères extérieurs, aux critères sociétaux, c’est-à-dire faire de bonnes études, avoir un un bon emploi, gagner sa vie et puis peut-être avoir une maison, faire du sport… je me calais un peu sur le schéma classique dans lequel beaucoup d’entre nous rentrent par la force des choses. J’étais vraiment en questionnement sur ce que j’allais faire de ma vie. Et ce questionnement a été presque douloureux, parce que je n’avais pas de réponse et, quoi que j’envisage, je sentais que cela me menait à l’impasse.
Quelles ont été tes réactions face à cette douleur ?
Ah, eh bien, quand on a mal, en général, on essaie de calmer la douleur par tous les moyens possibles et imaginables. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais c’était une quête à l’anesthésie ! Et cela n’a que prolongé la douleur ou la souffrance que je ressentais.
Par « anesthésie », qu’est-ce que tu veux dire ?
[Rires] Eh bien, je veux dire qu’il y a toute l’industrie pharmaceutique qui est là pour nous proposer un cocktail de pilules du bonheur. Alors, si peut-être elles nous font ressentir moins de malheur, je ne vais pas dire qu’elles nous conduisent au bonheur. Mais, en tout cas, elles ont peut-être un peu calmé la bête. Et puis, il y a eu aussi des tentatives de calmer ça par toutes sortes d’excès, dont la boisson. Et cela n’a fait qu’empirer les choses, évidemment. Ensuite, il y a eu des tentatives de prendre de la distance par rapport à mon entourage, par rapport à mon milieu, en me disant que si j’allais de l’autre côté de la Terre, ce serait magnifique et que je pourrais recommencer une nouvelle vie. Ce qui était un leurre parce que, dans la petite valise que j’avais prise avec moi, j’ai emporté tous mes problèmes. Je me suis retrouvée de l’autre côté de la terre avec le même questionnement, les mêmes douleurs, les mêmes ennuis, les mêmes souffrances.
Il y a toute l’industrie pharmaceutique qui est là pour nous proposer un cocktail de pilules du bonheur
Sur le plan relationnel, tu ne trouvais pas d’harmonie et de bonheur non plus ?
Non, sur le plan relationnel non plus, je ne pense pas que j’ai trouvé mon bonheur, en tout cas pas à cette époque-là. Je pense que, quand on est mal, on n’est pas de bonne compagnie. Et je ne pense pas que je cherchais forcément à entrer dans une relation durable. Étant donné mon mal-être, je ne voyais pas les choses à long terme non plus, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de perspective, il n’y avait pas d’avenir. Je m’efforçais juste de prolonger la vie au jour le jour, mais tout cela n’a conduit qu’à des impasses.
Est-ce que ce mal-être a été constant ou as-tu noté un effet crescendo ? Jusqu’où ça a été ?
Disons que, dès qu’il y avait une nouveauté, c’était un peu comme le vent qui soulève les feuilles mortes. J’avais l’impression d’un renouveau et, donc, je me laissais emporter par ce vent qui me soulevait, me posait un peu plus loin et je vivais ainsi de petites secousses de vivacité, qui me déposaient un peu plus loin. Et ma vie c’était cela ! Je parle de nouveautés de tout ordre : une rencontre relationnelle, l’apprentissage d’un nouveau métier, un déménagement, etc. Ainsi, j’ai vécu de petits renouveaux en petits renouveaux, mais qui ne m’apportaient pas le sentiment d’être heureuse. J’étais loin de ressentir un bonheur profond. Ces nouveautés constituaient une distraction de mon mal-être. En profondeur, je sentais bien que le mal-être ne faisait qu’aller crescendo.
J’étais ballottée dans la vie, comme une feuille morte emportée au gré des vents extérieurs
Est-ce que tu associes l’état dans lequel tu étais à une forme de dépression, c’est-à-dire qu’il n’y avait plus d’envie ?
Oui, bien sûr, mon parcours est passé par une volonté de mettre fin à cette vie puisqu’elle me semblait absurde, comme une répétition des choses, la douleur en plus. Donc, il n’y avait pas d’envie et, à un moment donné, j’ai voulu aussi qu’il n’y ait plus de vie. Mais bon, voilà, le destin en avait décidé autrement.
Cela veut-il dire que – je vais être direct – tu as fait une tentative de suicide et tu t’es ratée ?
Oui, je me suis ratée. Il m’a fallu 10 ans, ou même plus, pour pardonner à ceux qui m’ont secourue. Je me sentais déjà morte lorsqu’on m’a sortie de ma léthargie. En clair, j’ai été sauvée in extremis par des personnes qui n’avaient rien à faire là ce jour-là. C’était inscrit. J’en ai voulu énormément à ces personnes parce qu’elles me sortaient d’une tentative volontaire de suicide, donc elles me sortaient d’une mort que j’avais programmée et que je souhaitais vivement !
Des bourreaux de sauveurs ?
C’est cela ! J’ai eu un énorme sentiment de colère par rapport à ces personnes-là, en me disant : « Mais de quoi vous vous mêlez ! ». Avec le recul, je ne pense pas que ce sont eux qui se soient mêlés de quoi que ce soit, ce jour-là. Aujourd’hui, je pourrais dire merci, mais j’ai été incapable de dire merci pendant très longtemps.
Je désirais vivement mourir. J’en ai voulu longtemps à mes sauveurs !
Tu as effectué plusieurs psychothérapies et tu as vu plusieurs personnes spécialistes de l’accompagnement psychologique ?
Oui, absolument. Je ne sais pas si on peut dire que j’ai effectué plusieurs psychothérapies, mais en tout cas, je suis passée par plusieurs phases de psychothérapie, y compris par des phases de suivi psychiatrique, tellement mon désespoir était grand. Donc j’ai fait l’objet d’un accompagnement médical, avec des interventions médicamenteuses. Tout cela m’a soulagée un temps ou, en tout cas, m’a permis de couper la douleur pendant un temps, car cette douleur était presque de l’ordre physique. C’était extrêmement difficile à vivre. Il y avait de grands moments de désespoir où j’avais l’impression de sauter d’un avion, de tomber sans parachute. C’était infernal pour moi, mais aussi pour mon entourage, qui souffrait de me voir souffrir.
Donc, j’ai fait plusieurs psychothérapies, j’ai vu plusieurs personnes, qui toutes, à leur manière, m’ont aidée. Elles m’ont surtout permis de dire ce que je n’avais probablement jamais dit. Dire mon mal-être. Parler de choses qui avaient été difficiles dans ma vie. C’était un petit peu comme nettoyer les écuries d’Augias, sortir tout ce qui ne sentait pas spécialement bon dans l’écurie. Mais cela aussi, à un certain moment, a connu une limite. J’avais l’illusion qu’en disant tout ce qui me faisait souffrir, ça allait enlever la douleur, ça allait s’arrêter, mais cela n’a pas été le cas.
Il y avait de grands moments de désespoir où j’avais l’impression de sauter d’un avion et de tomber sans parachute.
La psychothérapie s’est avérée utile, mais insuffisante, c’est bien cela ?
Oui, le côté positif, c’est que cela m’a permis de mettre des mots sur des choses dont je n’avais pas conscience, mais aussi des mots sur des choses que j’avais gardées pour moi et que j’ai pu, à ce moment-là, exprimer à une tierce personne. Cela a été très utile. Cela a provoqué, en tout cas ponctuellement, un grand soulagement, même s’il y avait toujours un sentiment de culpabilité à l’idée de me confier. Ce n’était pas facile de parler, mais c’était absolument nécessaire. Je pense que ce sont des passages obligés dans la vie : pouvoir dire les choses, pouvoir « se dire », exprimer tout ce qui passe par la tête. Cela permet, un certain moment, de se rendre compte que nous avons une certaine responsabilité dans ce qui nous arrive. Nous vivons des épreuves, mais nous pouvons choisir quelle réponse nous apportons à ces épreuves ! Tout ce travail psychologique, psychothérapeutique, m’a permis de me dire que j’avais fait certains choix par rapport aux épreuves de la vie et que j’aurais pu en faire d’autres. Donc, j’avais quand même ma part de responsabilité et je pense que cette responsabilisation a été cruciale dans ma vie. C’était absolument nécessaire de passer par se dire pour sortir du rôle de victime et commencer à me responsabiliser par rapport à ma vie.
Et là, après tout ce travail, tu te retrouves dans quel état ?
Alors, ce n’est pas pour décourager, mais je peux dire je n’étais pas spécialement plus heureuse ni apaisée, mais en tout cas j’avais l’impression d’avoir lâché de gros morceaux et d’avoir fait ce qu’il fallait. Je n’étais pas spécialement heureuse et j’avais toujours des crises de désespoir, qui n’étaient même pas liées à un facteur extérieur. Je pouvais me lever, prendre mon café et, en une fois, tomber dans les désespoirs les plus profonds. Vraiment comme des chutes d’un avion sans parachute. Et ces épisodes ont continué. En fait, j’avais l’impression que j’étais vouée à vivre ça et c’était assez désespérant. Je le dis encore pour moi, certainement, mais aussi pour mon entourage parce que vivre avec quelqu’un qui, d’un moment à l’autre, peut être très mal et qui se trouve dans un désarroi face auquel vous ne pouvez rien faire, ce doit être terriblement difficile à vivre.
La psychothérapie m’a permis de me dire. Mais ce n’était pas suffisant.
La psychothérapie a eu ses limites. Est-ce que tu as pu trouver ensuite l’une ou l’autre clé ?
Oui, alors, je veux quand même préciser que les psychothérapies n’ont pas apporté « les » clés, mais elles ont apporté beaucoup de petites clés qui étaient indispensables. Il s’agissait d’un passage nécessaire, qui était peut-être long, mais qui m’a permis de dire aussi que « ça ne suffit pas ». Cela ne suffit pas de se dire ou de comprendre ce qui nous est arrivé.
Qu’est-ce qui s’est passé alors concrètement ?
A un certain moment, j’ai rencontré une personne qui faisait de la constellation familiale. Un jour, elle m’a accueillie dans une séance et m’a invitée à penser à un tabouret et à le décrire.
De but en blanc, elle te demande de décrire un tabouret ?
C’est ça, absolument, de décrire un tabouret. Bon, c’était une question un peu bizarre, mais la personne était bizarre aussi, donc je ne me suis pas formalisée. Je me suis exécutée. J’ai décrit mon tabouret : il avait trois pattes. La personne s’est montrée étonnée et elle s’est exclamée : « Mais comment peux-tu t’en sortir avec ce tabouret à trois pattes ? Il n’est pas stable. Il n’est pas en équilibre ! ». Et là, il y a eu vraiment comme un déclic dans ma tête. En un éclair, j’ai réalisé que j’avais une vie qui n’était pas en équilibre et qu’il me manquait ce quatrième pied. Cela a été vraiment comme une bombe dans ma tête, il y a eu comme une explosion, un déclic, et après cela, je suis allée chercher ce quatrième pied, cette « autre dimension » qui manquait à mon équilibre.
Plus tard, tu t’es intéressée au tarot et cette idée du tabouret à trois pieds t’est revenue ?
Oui, en fait, c’est seulement des années plus tard que j’ai réalisé que, sur le premier arcane du tarot, c’est-à-dire le bateleur, on voit un personnage devant une table qui a trois pattes. La quatrième patte est suggérée. Elle est hors cadre. Elle ne fait pas partie de l’espace visible, bidimensionnel de notre vie matérielle. Chaque personne est libre de mettre ce qu’elle veut derrière ce quatrième pied invisible et suggéré. Certains mettront peut-être Dieu, la méditation, le yoga, la nature, le tout, le l’éternel, l’infini… Il y a autant de noms que de personnes, bien sûr.

Moi, j’avais une dent, même pas une dent, c’était carrément une dentition, contre tout ce qui relevait de l’institution ecclésiastique et je n’avais évidemment jamais envisagé d’aller me nourrir de religion ou de quoi que ce soit. J’avais, un jour, essayé de lire la Bible. J’avais trouvé cela tout à fait incompréhensible et bien trop ardu. Selon moi, ce livre n’avait aucun sens. A cette époque, je ne voyais vraiment aucun sens à ce qui était écrit là parce que, bien sûr, je le prenais au sens littéral. Je n’avais jamais envisagé d’aller trouver des ressources dans une quelconque institution religieuse. Après cette rencontre et ce choc du quatrième pied, j’ai eu l’impression d’une ouverture vers le haut. Il y a eu soudain comme un apport de lumière, comme une verticalisation. J’ai l’impression que je me suis mise enfin debout. Comme si, jusque-là, j’étais à quatre pattes et que, peut-être à ce moment-là, je me suis mise enfin sur mes deux pieds.
Je sortais vraiment d’un contexte ou d’un entourage extrêmement rationnel, extrêmement terre à terre. Et je continue de penser qu’il est très nécessaire de rester les pieds sur terre. Mais je n’avais pas évolué dans un milieu spirituel. Lorsque j’ai commencé à lire les textes sacrés, c’était vraiment une exploration de l’inconnu.
Donc c’est à partir de ce moment-là, à partir de cette histoire du tabouret que tu t’es mise à explorer le rayon spirituel ?
Oui, on peut dire cela. Plus concrètement, dans les semaines qui ont suivi, je suis allée porter un livre dans une librairie. J’avais écrit un livre et une personne souhaitait l’acheter, donc j’étais allée le déposer. Et dans cette librairie, je me souviens avoir demandé : « Est-ce que vous auriez des livres sur la spiritualité ? ». Ma requête était très vague, je ne savais pas très bien ce que je cherchais et cette personne m’a tendu un livre qui était en fait la traduction de la de la Genèse par Annick de Souzenelle. Je pense qu’il n’y a pas de hasard et que le hasard, c’est Dieu qui se fait incognito. L’œuvre d’Annick de Souzenelle a été vraiment pour moi une une révélation.
J’avais saisi le fil de ma vie et je le déroulais. Je ne demandais pas un livre précis, j’arrivais là et et je laissais le hasard me mettre entre les mains ce qui était bon pour moi à ce moment-là. J’ai l’impression qu’à un certain moment, quand on a un « clips », quand on est « clipsé » dans sa vie, il y a un fil et il suffit de le dérouler, de le tirer. Enfin, « il suffit », c’est pas toujours facile, mais en tout cas, il s’agit d’écouter sa boussole intérieure. Et parfois, elle n’a rien de rationnel. Il y a quelqu’un à l’intérieur de moi qui me suggère des choses. Alors, je suis encore tout à fait normale, hein, enfin je pense. Je n’ai pas un dédoublement de personnalité. [Rires] Je pense à ce que Jean-Yves Leloup appelle le « maître intérieur ». Ce maître intérieur qui est ma boussole, qui est ma voix intérieure. Je pense que j’ai commencé à l’écouter plus attentivement à ce moment-là.
J’ai pris le livre, j’ai commencé à le lire. C’était une traduction à partir du du texte hébreu et ça a été un long chemin, mais un long chemin extrêmement nourrissant, que j’ai entamé à ce moment-là. Il y a vraiment une nourriture dans ces textes. En tout cas, moi, j’y ai découvert quelque chose d’absolument magnifique, incroyable, que je ne soupçonnais pas. J’avais toujours lu et perçu ces textes bibliques au niveau littéral et ils n’avaient effectivement aucun sens pour moi. Lu à un premier niveau, forcément cela ne fait pas de sens. Mais est-ce que si je vous raconte l’histoire du chat botté, vous allez vous dire que ça n’a aucun sens, un chat qui porte des bottes ? Ou le petit Poucet, est-ce qu’il y a un petit Poucet qui se balade tout seul avec ses frères et sœurs abandonnés en forêt ? Vous imaginez la situation en vrai ? On appelle les flics ! Donc, bien sûr, tout cela ne doit pas être lu à un niveau tout à fait littéral. Mais je ne le savais pas et quand j’ai découvert un autre éclairage grâce à cette traduction au départ du texte hébreu, ça a été vraiment, et c’est d’ailleurs toujours, une source intense de bonheur.

« Alliance de feu », écrit par Annick de Souzenelle, explore la Genèse en hébreu, avec un regard rigoureux et profond, qui éclaire toute la densité et toute la modernité du texte.
Quels ont été les éléments qui t’ont nourrie dans ce livre ?
Tout ! Il y a une sortie de la matière. Il y a un sens qui est là. En particulier, il me semble que dans les premiers chapitres de la Genèse, on trouve les principes qui nous régissent. Il est question de principes qui sont là, qui sont écrits là en tout cas, et de la façon dont le lit et le décode Annick de Souzenelle, il y a là vraiment les structures, les principes qui nous fondent, qui nous permettent de savoir dans quel sens diriger notre vie, mais aussi de savoir ce qui se passe quand on n’obéit pas à ces principes, quand on ne se « soumet » pas. Et il y a des conséquences. Il y a des conséquences qui font partie des choses douloureuses que nous vivons. Je suis consciente que tout cela reste assez abstrait quand j’en parle de cette manière, mais je pense vraiment qu’il y a des principes qui sont là et qui sont comme des repères dans la vie. Quand on a des repères, on peut prendre une direction, on peut naviguer, on peut s’appuyer sur des balises. Quand on n’a pas de repère, quand on n’a pas de principe, on flotte à gauche, à droite, et la vie est une errance.
Est-ce que cette matière a soudain donné du sens aux épreuves que tu vivais ?
Oui. Alors, il y a un très beau mot en hébreu, qui est le mot « vie », qui est dit « hay ». Ce mot est constitué de deux lettres : la lettre « heth » et la lettre « yod ». La lettre « heth » a pour idéogramme primitif une barrière et le Yod, c’est ce germe divin qui est en nous. C’est cette graine du Tout qui est en nous, qui sommeille en nous, et vers laquelle nous sommes invités à aller. On y va ou on n’y va pas, d’ailleurs. C’est comme on veut. Nous sommes libres. Mais en tout cas, la vie c’est ça, c’est une barrière perpétuelle qui va nous faire grandir vers ce Yod, vers cette dimension divine si vous voulez. Pour moi, c’était exactement le résumé de ce que j’avais vécu. En tout cas, ça me parlait, c’était vraiment ça : j’avais connu des épreuves, mais elles allaient m’amener sur ce chemin spirituel, cette dimension de moi-même que je ne soupçonnais pas et que j’étais invitée à faire grandir.

Une épreuve pour nous conduire à la source de qui nous sommes.
Donc, dans cette étymologie, la vie contient l’épreuve. Elle est une épreuve qui sert à mener vers le divin ?
C’est exactement cela ! Quand vous regardez votre vie et que vous vous dites « pauvre de moi, je n’ai pas mérité », vous êtes victime et, donc, vous ne vous responsabilisez pas. Et cela vous mène à l’impasse. Cela vous mène à la souffrance parce que vous souffrez plus qu’un autre : celui-là, il a tout et vous vous n’avez rien, vous avez perdu un être cher que vous aimiez et l’autre, il l’a encore… quelle est cette injustice ? Or, toutes les épreuves qui vous sont présentées, en tout cas dans la conception que j’ai de la vie, toutes les épreuves sont vraiment là pour nous faire grandir. Il y en a bien sûr des douloureuses et des indicibles. Je ne veux pas atténuer. Il y a des choses terribles qui se passent dans les vies, dans la vie de chacun. Tout le monde a des épreuves qui sont certainement douloureuses à des niveaux différents et la souffrance ne se mesure pas en décilitres ou en décimètres. Mais je veux dire que chaque épreuve a un sens, chaque épreuve est là pour nous faire comprendre quelque chose et pour nous faire grandir. L’adversité nous conduit à nous dépasser et aller vers nous-mêmes, vers cette parcelle en nous qui correspond à notre dimension divine, ce quatrième pied.
Et donc maintenant que tu as lu ce livre d’Annick de Souzenelle, c’est OK, tu as la clé de l’existence ?
[Rires] Alors, oui, d’ailleurs, c’est bon, là je n’ai plus qu’à mourir 🙂 Non, bien sûr que non. Nous sommes dans un questionnement perpétuel et c’est cela qui est passionnant. Mais je sais qu’il y a des réponses, et qu’elles viendront. Si aujourd’hui je ne les ai pas, elles viendront quand je serai prête à les entendre. En tout cas, ça a donné à ma vie une autre dimension et, surtout, ça a réenchanté ma vie. Ma vie ne chantait pas. Ma vie ne chantait plus. Ces textes sacrés ont vraiment apporté de la vie dans la vie. C’est là que je comprends aujourd’hui que j’étais sourde à quelque chose. Si on trouve quelque chose « ab-surde », probablement qu’on est sourd à quelque chose. Et moi, je pense qu’à ce moment-là, je m’étais rendue sourde à tout quatrième pied pour pour des raisons personnelles. Je raillais tout ce qui n’était pas de l’ordre de l’ici et maintenant sur la terre parce que j’étais dans une souffrance, dans une incompréhension. J’étais dans un rejet, sourde à la spiritualité.
Je raillais tout ce qui n’était pas de l’ordre de l’ici et maintenant, sourde à toute spiritualité
La spiritualité, si on peut dire, était dans ta zone d’ombre ?
[Rires] Alors là, c’était pas une zone d’ombre c’était carrément une zone de gouffre ombrageuse, je ne sais pas comment dire. Oui, c’était même violent. Il y avait un rejet violent.
Est-ce que tu peux décrire cette ligne de démarcation entre le travail qui a été fait au niveau psychologique et le travail à un niveau spirituel ?
Je pense que psychologie et spiritualité ne sont pas deux choses l’une à côté de l’autre. Elles coulent l’une dans l’autre. Le travail spirituel s’appuie sur un travail psychologique. Il y a cet ego à tailler. Il y a vraiment à travailler ce social, cet ego social, ce masque de société. C’est un gros bloc ! Donc, il y a tout un travail psychologique à faire et, un moment donné, un travail spirituel vient se greffer sur ce travail psychologique. Au quotidien, on a des interactions avec les autres dans lesquelles on doit gérer sa colère, grandir en amour…
Et « grandir en amour », est-ce que c’est psychologique ou spirituel ?
Il y a certainement tout un travail psychologique à faire, d’ego, d’orgueil, de gestion des émotions. Puis, à un certain moment, je suis avec l’autre non pas seulement pour moi, mais pour lui, c’est-à-dire que je vais diminuer pour qu’il croisse. Et là, on rentre dans une autre relation. L’autre n’est plus là pour combler mes désirs, mais je vais l’aider, lui, à grandir. Je crois que c’est une intégration progressive, un chemin. Au début d’une relation, on est surtout là pour se se faire aimer. Et puis après, on essaie d’aimer, c’est pas facile. Et puis, à un certain moment, même si l’autre ne nous aime pas, on continue à l’aimer. C’est vraiment un chemin.
En quoi peux-tu dire que tu es passée d’un travail sur le plan psychologique à un travail sur le plan spirituel ?
Alors, je ne vois pas de date ou de démarcation nette entre les deux. Ce que je vois, c’est qu’il y a une lecture à un autre niveau de conscience qui, à un certain moment, pour moi, relève du domaine spirituel, de l’esprit. On se situe sur un autre niveau. Il y a un niveau qui est psychologique, inscrit dans la relation, le quotidien, le perceptible. Je te vois en colère, je comprends ta colère. Là, on est plutôt à un niveau psychologique, c’est-à-dire une observation de quelque chose, une réaction à quelque chose, une explication rationnelle à un événement, avec une cause et un résultat et, éventuellement, une solution. On est dans la gestion des émotions.
Une situation où il y a de la colère, par exemple, en quoi pourrait-elle être traitée sur un plan plus spirituel ?
Je pourrais prendre un exemple : une personne a un prénom composé, par exemple Marie-Noëlle. Cette personne constate que, sur son registre de l’état civil, il n’y a pas de trait d’union entre les deux parties de son prénom. Or, sa mère lui avait donné un prénom avec un trait d’union. Alors elle peut se dire : « Oh là là, l’administration a fait une bourde, je vais aller faire une réclamation parce que, moi, mon prénom, il s’écrit avec un trait d’union et basta… ils vont le changer ! ». Cela, c’est le niveau psychologique. Il y a une erreur, je suis un citoyen lésé, je veux restituer ce trait d’union parce que c’est comme ça, j’y ai droit. On est dans le terre-à-terre, dans l’affirmation de soi, l’assertivité. Je suis en colère : « Ma mère m’a donné un prénom, elle avait une bonne raison de mettre un trait d’union, alors pourquoi l’avez-vous enlevé ? Maintenant, vous le remettez, merci ! ». Je vais remplir les 43 formulaires et, dans 10 ans, j’aurai mon trait d’union. Je suis contente. Voilà, ça c’est le niveau psychologique.
Au niveau spirituel, Marie-Noëlle peut très bien se dire : « il y a un pont entre Marie et Noëlle. Marie a telle signification pour moi. Je me sens en déséquilibre s’il n’y a pas de pont avec Noëlle ». Ici, le trait d’union entre les deux parties du prénom inscrites sur le registre va prendre une autre dimension. La personne pourra penser : « Aujourd’hui, je suis en déséquilibre. Ce trait d’union représente l’équilibre dans ma personne. C’est tout l’héritage d’un père, d’une mère, qui ont décidé de me nommer ainsi. C’est mon héritage, c’est ma personnalité. Je sens qu’il manque un détail significatif, qui a pour moi un sens spécifique. C’est un sens profond auquel je donne une autre signification qu’une simple erreur d’écriture dans les registres. Ce qui compte, c’est le plan symbolique : l’équilibre entre les deux traits de ma personnalité, Marie et Noëlle. Dans cette lecture symbolique, la personne concernée peut se dire : « Quand il n’y a pas de trait d’union entre Marie et Noëlle, je me sens séparée, je me sens coupée. L’équilibre est rompu. Je suis une personne entière. Cela parle de ma fracture. J’ai besoin de poser un acte, et de restituer ce trait d’union. C’est là qu’on a une autre lecture des événements. Dès le moment où nous rajoutons cette dimension symbolique, la vie peut être lue à différents niveau. Ce qui lui donne tout son sens, toute sa richesse.
Le symbole donne à la vie tout son sens, toute sa richesse.
On peut très bien avoir une lecture psychologique de la Bible. Tenez : les Hébreux étaient en Égypte, et puis alors, à un certain moment, ils se retrouvent esclaves. Puis, Moïse, qui est un héros, arrive et il leur dit : « Allez, venez les gars, on dégage, on va sortir d’Égypte et s’en aller dans une autre ville plus prometteuse, qui s’appelle Jérusalem. Ils se mettent en route, mais ça coince un peu. Pharaon n’est pas d’accord parce qu’il va perdre de son pouvoir, de sa force vive. Ce sont « ses » esclaves et, donc, ça grince. Alors le ciel envoie des grenouilles, puis une pluie d’insectes, et ensuite une pluie de sauterelles. On peut lire tout cela à un niveau terre-à-terre ou psychologique : il y a quelqu’un qui veut sortir d’un pays et qui va faire un tour de force, qui va oser se mesurer à Pharaon, qui est le chef, le leader. Donc, oui, rien ne vous empêche d’avoir cette lecture-là. Mais on peut aussi avoir une autre lecture de ces plaies d’Égypte, qui symbolisent le processus qui consiste à sortir d’une terre d’inconscience. Tout un peuple va sortir de cette matrice, de cette terre d’esclavage symbolisée par l’Égypte, et ce peuple va aller vers lui-même. Et les plaies sont alors vues comme des contractions, comme les contractions d’une femme enceinte qui doit mettre au monde son bébé. Il y a ce peuple qui est presque craché d’Égypte au bout de neuf contractions, et qui se retrouve dans le désert. Donc, on peut acquérir d’autres lectures et c’est là où nous passons d’un plan psychologique à une lecture plus spirituelle.
Qu’aurais-tu envie de dire aux personnes qui vivent aujourd’hui une impasse et qui, même après plusieurs psychothérapies, se retrouvent toujours dans un certain mal-être ?
Je ne sais pas si je peux dire quelque chose. Je crois que c’est une expérience et un chemin. En tout cas, je peux parler de mon expérience. Je peux dire qu’en ce qui me concerne, à un certain moment, j’ai trouvé un sens et qu’il a radicalement changé ma vie. Le fait d’avoir fait ce travail psychologique tout à fait nécessaire et d’avoir eu la chance, à un moment donné, de trébucher sur ce quatrième pied, même s’il n’était pas visible, ça a été pour moi un changement du tout au tout. Il y a un avant et un après. Je ne pense pas que les personnes qui sont dans une impasse et qui sont dans la souffrance dans laquelle j’étais seront capables d’entendre, mais en tout cas, je peux dire, je peux témoigner qu’au plus profond des abîmes, du plus profond des ténèbres, j’ai vu à un certain moment la lumière. Aujourd’hui, chaque jour est vraiment une bénédiction. Même dans les moments difficiles et quand une épreuve vient, je sais qu’elle a un sens.
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