Ci-dessus, vous pouvez écouter l’interview complète sur YouTube.
Je ne suis pas très branché « voitures », mais je sais qu’il y a un truc auquel il faut faire attention, c’est changer la courroie de distribution environ tous les 100.000 km. Autrement, elle pète et c’est tout le moteur qui casse ! Cela m’est arrivé et cela m’a coûté cher parce que là, il n’y a plus qu’une chose à faire, c’est repartir à zéro et remplacer son véhicule.
Il en est de même pour les êtres humains. On appelle cela le « burnout ». Lorsque nous nous mettons une telle pression sur la longueur, sans relâche, et que nous finissons par complètement craquer, jusqu’à ne plus être capables de nous lever, d’aller chercher le pain ou de prendre une douche.
Aujourd’hui, nous avons l’honneur d’interroger David, qui est passé par le burnout et qui nous partage son expérience. Un témoignage rempli d’espoir, car il nous montre que, autant le burnout n’est pas quelque chose d’enviable, autant il constitue un événement de rupture qui peut nous conduire à une nouvelle page de vie. Aujourd’hui, David pratique le coaching en entreprise. Il se consacre essentiellement à la prévention du stress professionnel. Mais revenons en arrière pour comprendre pourquoi et comment le burnout est venu l’arrêter dans sa course.
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Alors, David, quelle était ta profession au moment où tu es tombé en burnout ?
J’étais un gestionnaire de compte chez un équipementier automobile. Je ne sais pas si tu connais le système : en gros, les fabricants automobiles ne produisent pas toutes leurs pièces. Il y a certaines pièces qu’ils font produire par d’autres fabricants parce que ce sont de petites pièces. Donc, les allume-cigares, les poignées de porte, tout ça, c’est fabriqué par des sous-traitants. Et moi, j’étais un gestionnaire de compte pour un de ces sous-traitants.
Comment est-ce que tu es arrivé au burnout ? Est-ce que tu as vu venir ?
C’est une super bonne question, Jean-Marc, j’ai mis plus de 2 ans à y répondre [Rires]. En fait, non, je ne l’ai pas vu venir. Il y avait plein de signaux qui me l’indiquaient, mais je les ai tous ignorés. J’étais de plus en plus fatigué. Vraiment, tous les matins, j’étais fatigué. Je me traînais en dehors du lit. J’avais beaucoup de mal et j’avais aussi des douleurs physiques et musculaires, en particulier au niveau du dos. Les 6 mois avant le burnout, je me suis cassé trois fois le dos. Donc, j’ai fait de la kiné, j’ai fait plein d’exercices. J’étais beaucoup chez le kiné. J’étais souvent malade aussi. A chaque fois qu’il fallait aller en déplacement, hé bien, la veille, j’avais la gastro ou la grippe. Dès qu’il y avait des périodes de stress intense, mon corps lâchait. C’étaient des signaux que j’aurais dû repérer déjà à l’avance.
Il y avait des signaux, mais tu ne les voyais pas, c’est cela ?
Non, non, j’avais la tête dans le guidon. J’étais plutôt focalisé sur d’autres choses. Oui, j’étais comme ça, à l’époque. J’étais vachement focalisé sur mes performances. Mes performances au boulot, mes performances en tant que fils, mes performances en tant que papa, mes performances partout. Et donc tous ces signaux-là, bah c’était embêtant, mais ça ne m’arrêtait pas.
Est-ce que tu as compris ce qui te poussait à la performance ?
C’est surtout la psychothérapie qui m’a aidé à comprendre. En fait, bien sûr, il y avait l’environnement, il y avait l’éducation, il y avait mon système de croyances. Mais c’étaient surtout les croyances, en fait, autour de l’estime que je me donnais à moi-même. J’avais beaucoup besoin de reconnaissance que j’allais chercher à l’extérieur. Et c’était un puits sans fond. Du coup, je me donnais à fond dans ce que je faisais, mais c’était pour avoir des mercis, pour avoir de la reconnaissance, pour être reconnu. C’est cela qui me motivait à être toujours dans la performance. Sauf qu’à un moment, forcément, l’élastique claque.
« David, c’est marrant parce que tu parlais du « puits » et, en hébreu biblique, le puits se dit « Be’er » et, en fait, dans ce mot, il y a deux lettres qui forment le mot « lumière ». Donc, au final, la lumière est vraiment dans le puits. »
Ta métaphore me parle énormément. En effet, c’est un peu ce que je ressentais. J’avais besoin moi de remplir ce puits de lumière, mais d’aller chercher l’eau à l’extérieur plutôt que d’essayer de faire en sorte que l’eau monte toute seule de l’intérieur. Et, donc, oui, ta métaphore me parle énormément.
D’ailleurs, même dans le mot « burnout », on brûle « out », on brûle à l’extérieur, dans une recherche de quelque chose d’extérieur. Et en discutant avec Isabelle, on se demandait s’il n’y aurait pas, derrière le burnout, un « burn in » à faire. C’est une autre question que j’avais : est-ce que tu as trouvé entre-temps comme une flamme intérieure ?
Pas du tout ! [Rires] Au début, pas du tout. Au début, c’était juste beaucoup de colère et beaucoup de victimisation. Je me disais : « OK, en fait, c’est la faute de mes chefs, c’est la faute de mes parents, c’est la faute de mon entreprise, c’est la faute de ma famille ». J’ai remis la faute sur absolument tout le monde et j’ai remis tout le monde en question. D’ailleurs, je ne sais pas si d’autres personnes se retrouveront dans ce que je vais décrire, mais ce que j’ai remarqué, c’est que tout le monde rejetait aussi la faute à tout le monde. Ma famille me disait : « Bah oui, c’est parce que tu travailles trop. Tu travailles trop et, donc, tu es en burnout ». Et au travail, ils me disaient : « Ben oui, c’est parce que tu as un enfant en bas âge. » Et c’est vrai qu’à l’époque, j’avais aussi des conflits de voisinage. Et donc, mes collègues me disaient : « C’est ton privé qui te prend trop d’énergie ! » Et ça m’a frappé à quel point personne ne se remettait en question.
En fait, tout cela était un message interne, car moi-même, je ne me remettais pas en question. J’avais juste accepté toutes ces exigences et j’avais même couru après, parfois ! J’avais cherché à faire plaisir, à essayer d’être présent au maximum. « Non, vas-y, ça me fait plaisir… » Et au fur et à mesure, forcément, comme tu dis, la flamme s’est éteinte. Burnout.
Et qu’est-ce qui a brûlé, en fait ?
Je pense que c’est le psychique. Il y a un mot en anglais dont je serais intéressé d’avoir ta traduction, c’est « learn helplessness ». Je crois qu’on traduit cela, en français, par « impuissance acquise ». C’est un moment où tu te dis à toi-même qu’en fait, quoi que je fasse, ce n’est jamais assez ! Quoi que j’essaie d’entreprendre, quoi que j’essaie de donner, quoi que j’essaie de faire, même si je me donne à fond, ce n’est jamais assez. En fait, c’est la perception que j’en avais. Ce sont les attentes que j’avais envers l’extérieur qui étaient beaucoup trop élevées. C’est ça qui s’éteint. C’est là que j’ai perdu toute ma motivation et que je me suis dit : « OK, en fait, ça ne sert plus à rien et je suis inutile. Quoi que je fasse, ça ne sert à rien.
« Mes attentes envers l’extérieur étaient beaucoup trop élevées. »
Dans nos vies, on essaie parfois de combler des manques. Tu parlais de manque de reconnaissance et on essaie vraiment de combler nos manques avec quelque chose d’extérieur. Cela peut être une passion, un sport, un travail, une famille, une femme, ou un homme bien sûr, un enfant. Je dirais qu’à chaque nouveauté, on essaie de combler un manque, qui est intrinsèque et inépuisable, en soi. Tant qu’on ne le remplace pas par quelque chose d’autre qui n’est pas l’ordre du matériel, qui n’est pas de l’ordre de se remplir avec des maisons, une voiture, des voyages, une relation sentimentale ou une parentalité qui va nous prendre, un certain temps, toute notre énergie. Et on s’épuise parce que c’est un puits sans fond.
Cela me parle énormément ce que tu dis. En effet, tu regardes à l’extérieur. Tu essayes d’avoir de plus en plus de choses pour te combler. Donc, un enfant, un boulot, une voiture, comme tu dis, une maison aussi. Oui, c’est exactement ce que j’ai fait ! Mais le problème, l’effet pervers, c’est que tu as un biais cognitif de confirmation : tant que tu as une basse estime de toi, tout te confirme qu’en fait, tu n’en fais pas assez. Donc, au travail, même si tu réussis à avoir un contrat, tu te dis finalement : « Ouais, mais je n’étais pas à la target du prix. On aurait peut-être pu avoir plus d’argent. » Ce genre de choses. Avec tes enfants, tu te dis : « Finalement, je vois qu’elle pleure la nuit, c’est peut-être que je ne suis pas un bon père ». A la maison : « J’ai entamé des travaux, ça s’est mal passé, c’est peut-être parce que je les ai mal gérés. J’ai fait de mauvais choix. » Quand tu es dans une optique où tu as une basse estime de toi-même, tout ce qui se passe autour de toi renforce finalement cette croyance que je ne suis pas utile, je ne suis pas bon et je ne fais pas bien ce que je fais. Et cela, forcément, c’est un cercle vicieux qui n’est pas très sain à moyen terme.
Tu parlais tout à l’heure des sensations physiques du burnout. Et c’est marrant parce que tu évoquais le matin. Souvent, les gens, je ne sais pas pourquoi, évoquent le matin. Est-ce la sensation d’avoir difficile à se lever, aborder la journée ? Est-ce que tu peux décrire cette sensation physique, cet état d’être que tu avais dans le cœur du burnout ? T’en souviens-tu ?
Oui, je ne pourrais jamais oublier cela ! C’est un véritable enfer. C’est vraiment très dur à ressentir. Au niveau physique, ça se ressent énormément parce qu’en fait, tu n’as plus aucune énergie. Tu ne te lèves pas le matin. Si tu te lèves, c’est juste pour aller manger et, après, tu sais que tu vas te recoucher. Parce que, de toute façon, tu vas passer la journée au lit. Cela se manifeste partout dans ton corps. Quoi que tu aies envie de faire, c’est comme aller couper du bois avec une cuillère en hiver. Tu vois ce que je veux dire ? Tout te semble impossible, désagréable, insurmontable. Même se laver, même se raser. C’est juste impossible comme effort. Et donc, c’est ça, c’est extrêmement humiliant pour soi-même. C’est vraiment très dur à vivre surtout parce que les personnes qui sont en burnout, généralement, ce sont des gens qui sont hyperactifs, qui se donnent à fond. Et donc c’est extrêmement difficile à ressentir.
« Je ne pourrai jamais oublier. C’était un véritable enfer ! »
Donc, la maladie, enfin si on peut parler de maladie, en tout cas ce passage qui est plus qu’un passage à vide est vraiment un messager qui a été vraiment un messager dans ta vie pour dire « stop, c’est fini, ça ne peut plus continuer ! ». Jusqu’à ce que tu l’entendes et que tu ne sois plus capable de te lever, que tu n’aies plus l’énergie ni de te faire un café, ni de te laver, ni d’assurer les besoins les plus fondamentaux. Ton corps a dit « C’est fini ! ». Comment as-tu finalement entendu ce message ? Qu’est-ce qui a fait que tu as dû finir par l’entendre ?
C’est intéressant ce que tu dis parce qu’en effet, au début, je ne l’ai pas entendu et je ne l’ai pas vécu comme ça. Je l’ai vécu comme une humiliation. Je l’ai vécu avec beaucoup de culpabilité aussi. Parce que pendant ce temps-là, mes collègues continuaient à travailler. Ils devaient aussi assumer ma charge de travail, sachant que c’était difficile pour tout le monde et que ce n’est pas pour rien que moi-même j’en étais arrivé là. Ce message de mon corps à moi-même, ça m’a pris des mois, voire peut-être des années, pour le comprendre. Et là, par contre, quand je l’ai vraiment compris et quand j’en ai pris conscience, j’ai pleuré, j’ai crié. Cela a été extrêmement émotionnel de me rendre compte de tout ce que je m’étais infligé pendant tant d’années. De réaliser à quel point j’avais été l’ennemi de moi-même, à quel point j’avais été horrible envers moi-même et à quel point je m’étais exploité sans aucune bienveillance dans cette quête de reconnaissance. Et oui, ça a été très émotionnel.
Oui, on sent encore l’émotion aujourd’hui. Est-ce qu’il y a eu à un moment donné un basculement, un moment précis où quelque chose a basculé ?
Oui, oui. En fait, je m’en rappelle vraiment encore maintenant très vivement. Comme tu sais, j’ai fait une formation de coaching et, dans cette formation, on avait des groupes de paires. C’est-à-dire qu’entre les modules de formation, on devait se voir entre nous et on devait pratiquer les exercices entre nous. Un garçon de notre groupe travaillait en entreprise. C’était très difficile pour lui de prendre des jours de congé et, de ce fait, il nous avait proposé de venir dans son entreprise et de nous accueillir. C’était la première fois que je remettais les pieds dans une entreprise, ce jour-là. On a beaucoup travaillé sur nous-mêmes. Tu sais, Jean-Marc, comme le coaching nous demande de travailler sur nous-mêmes. A ce moment-là, je suis rentré dans ma voiture et il y avait beaucoup de choses qui étaient en évolution dans ma tête. C’est alors qu’une chanson que j’écoutais tout le temps quand j’étais au fond du trou au travail est passée, car elle était dans ma playlist. Cela faisait des années, oui, des années littéralement que je ne l’avais pas entendue. Je me rappelle encore le titre « Got it in you ». C’est une chanson très douce, très émotionnelle aussi, et à ce moment-là, il y a tout qui s’est connecté. C’est là qu’il y a eu vraiment un basculement. J’ai réalisé : « En fait, ce qui m’arrive, ce n’est pas la faute aux autres, c’est ma faute à moi. » C’est moi qui me suis imposé ça, c’est moi qui ai été trop dur envers moi et c’est moi qui ai mal géré, enfin pas mal géré, mais qui ai cherché quelque chose à l’extérieur qu’en fait, j’aurais dû chercher en moi. Et j’ai pleuré sur l’autoroute. J’ai crié dans ma voiture. Je pense que les personnes dans les voitures d’à côté ont certainement vu ce qui se passait. Je n’ai plus eu de voix pendant deux jours après cela. C’était vraiment à ce moment-là que j’ai fait le basculement et que j’ai compris qu’en fait, tout cela relevait plus d’un problème personnel que d’autre chose.
« J’ai pleuré sur l’autoroute. J’ai crié dans ma voiture. »
Là, tu t’es en quelque sorte responsabilisé sur ta part. Même s’il y a toujours, de toute façon, des facteurs extérieurs, tu t’es responsabilisé sur ta part. Tu as réalisé que tu avais ta part de responsabilité dans ce qui t’arrivait, c’est bien cela ?
Oui, c’est cela. C’est à ce moment-là que j’en ai pris conscience. Il y a une part de responsabilité que j’ai en moi-même. Alors, bien sûr, il y a des tas de choses qui se sont jouées à l’époque. Au moment où c’est arrivé, il y avait vraiment beaucoup de choses en même temps. J’étais vraiment au bout du rouleau, au travail, dans la vie privée, etc. Mais, à la base, en effet, comme tu dis, c’était une responsabilité personnelle. Et c’est à ce moment-là que j’en ai vraiment pris conscience. C’est peut-être cela qui a vraiment changé entre l’avant et le maintenant, c’est d’avoir la capacité de différencier ma zone de contrôle et ma zone d’influence, ce qui m’appartient à moi et ce qui appartient aux autres.
Pour revenir à la métaphore du feu (« burn out »), on associe souvent le feu à une purification. En science, on sait que quand quelque chose brûle, ça dégage aussi une énergie. Donc il y a une énergie qui est produite par la mort, la carbonisation de quelque chose. Je suis alors tenté de te demander : qu’est-ce qui est mort ? Qu’est-ce qui a été carbonisé ? Et derrière, c’est un peu la question du cadeau caché : qu’est-ce qui a été purifié ?
La purification par le feu, c’est vrai que c’est une analogie intéressante que tu déposes ici. Je dirais que, pour le coup, l’énergie, je l’ai plutôt utilisée avant le burnout. Je l’ai utilisée au travail, je l’ai utilisée dans mes relations sociales, avec mes parents, avec ma fille, avec ma femme, avec tout le monde. Donc, du coup, il n’en restait plus pour moi de l’énergie. Il n’y avait vraiment plus rien. Le réservoir était vide. Et cela a été vraiment très dur de récupérer de l’énergie. Les gens qui sont en burnout en parlent. En fait, c’est un peu comme de petites montagnes. C’est-à-dire que tu récupères un petit peu d’énergie et puis, tu la perds directement parce que tu essaies de la consommer. Tu te dis « Ah, ça y est, c’est bon, j’ai récupéré l’énergie. » Et puis tu retournes au lit ! Et, en fait, ces petites montagnes, elles s’espacent de plus en plus. Elles remontent de plus en plus. Bon, parfois, ça prend 2 ans, parfois ça prend 7 ans. Après un long moment, tu récupères assez d’énergie pour vivre plus ou moins normalement. Cela ne revient jamais comme avant. Une fois que l’élastique est pété, il faut faire un nœud et, tu sais bien, l’élastique, après, il ne reprend plus jamais sa forme initiale. Mais tu arrives à récupérer une vie normale.
« Une fois que l’élastique a cassé, il ne reprend plus jamais sa forme initiale. »
Donc, l’énergie, je l’ai plutôt consommée avant. Par contre, oui, ça me parle beaucoup cette métaphore de la purification que tu proposes. Parce qu’après avoir récupéré l’énergie, je l’ai consacrée à moi et je l’ai consacrée à essayer de comprendre. Je devenais fou. Je veux dire que j’avais été tellement actif pendant tant d’années que c’était impossible pour moi de rester encore au lit aussi longtemps. Alors, dès que j’ai eu mon premier certificat médical, j’ai tout de suite essayé de trouver une psychologue. J’ai eu énormément de chance parce que je suis tombé chez une psychologue exceptionnelle, qui était spécialisée dans les TCC, donc dans tout ce qui était cognitivocomportemental. Elle était vraiment la personne qu’il me fallait à ce moment-là. Et donc, l’énergie que j’ai récupérée, je l’ai surtout utilisée à ma psychothérapie.
C’est intéressant cette histoire de récupération très progressive, avec des hauts et des bas, dans cette phase de lente récupération. Cela peut être presque encourageant pour des personnes qui se découragent terriblement de faire une rechute.
Tu as raison, c’est un bon point que tu soulèves parce que ça arrive souvent c’est-à-dire qu’en effet, du jour au lendemain, parce que je suis un petit peu malade ou parce que j’ai fait un petit peu de sport ou quelque chose comme ça, je peux avoir une journée où, en effet, je vais retourner au pieu. Et, au début, les premières fois que ça arrivait, je me disais « Oh mon dieu, ça y est, je suis reparti pour 3 mois ! » C’est extrêmement décourageant. On se dit « Oh là là, mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça ? » Alors qu’en réalité, ce sont juste des cycles, comme de petites montagnes qui montent de plus en plus haut et qui t’apprennent, au fur et à mesure, si tu gères bien ça bien sûr, à te respecter et à écouter un peu mieux ton corps. A partir de là, ton énergie remonte un peu.
Est-ce qu’on peut dire que cette sortie du burnout coïncide avec une entrée dans un travail de conscience ?
Ah oui, carrément ! on est tout à fait d’accord. La prise de conscience, c’était surtout le dialogue interne que je m’infligeais à moi-même, le « tu n’en fais pas assez », le « c’est jamais assez bien », c’est cela qui a vraiment fait que j’ai commencé à ressentir de l’impuissance active. J’étais vraiment toujours à me blâmer, à m’autocritiquer, à être dans ce dialogue interne qui était extrêmement néfaste pour moi-même. Donc cela, c’était une énorme prise de conscience, on est d’accord.
Et tu l’as remplacé par quoi, ce dialogue interne ?
Eh bien je l’ai remplacé justement par ce système où je me dis « OK, est-ce que c’est vraiment sous mon contrôle ? » Est-ce que la réaction des autres personnes est vraiment sous mon contrôle ? J’ai fait ce qu’on m’a dit au travail, ça n’a pas marché, pour autant est-ce que c’est vraiment sous mon contrôle que ça marche ou pas ? Je me suis occupé de ma fille, c’était pas comme ça que ma femme voulait que je m’occupe de ma fille, est-ce que son appréciation est vraiment sous mon contrôle ? Je l’ai fait. Est-ce que moi j’en suis content ? Est-ce que moi j’ai fait de mon mieux ? Est-ce que moi je suis satisfait des efforts que j’ai faits ? Et cela, ça change la donne !
Pendant ma thérapie avec Caroline, on a parlé pas mal de perfectionnisme. C’est vrai que les perfectionnistes, ils ont ça en commun. Ils peuvent être insatisfaits parce que c’est trop facile. Je vais te donner un exemple concret. Admettons que tu vas inviter ta belle famille chez toi et tu vas faire des cookies. Alors les cookies, ils sont faits, ils sont bons, ils sont jolis, tout le monde se régale. Et tu dis : « Ouais, mais c’était trop facile des cookies, la prochaine fois, je ferai des macarons. » Alors tu fais des macarons, sauf que c’est très dur, les macarons, ils ont tous une forme un petit peu bizarre et là, tu conclus : « Bah voilà, je suis bon à rien parce que les macarons ils sont fichus, ils sont ratés ! » En réalité, personne n’a dit que les macarons n’étaient pas bons. Personne non plus n’a dit que les cookies, c’était pas assez. Ce sont juste tes propres attentes envers toi-même qui font que, de toute façon, quoi que tu fasses, tu ressens de la frustration. Et là, Jean-Marc, je te vois sourire et j’ai l’impression que ça évoque quelque chose 🙂
Non non non non non, je n’ai rien à voir avec ça ! [Rires] Non, c’est clair que ça me parle aussi le perfectionnisme, le côté travaillomane, le fait de ne pas se satisfaire de quelque chose de trop basique à nos yeux, toujours pousser la performance plus loin, la sophistication. C’est potentiellement insupportable pour nous et pour les autres.
« En réalité, personne ne t’a demandé cette performance que tu t’imposes ! »
Est-ce que ton entourage a accepté ton burnout ?
Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Je pense que chacun en a fait sa propre interprétation. Je ne sais pas vraiment s’ils l’ont accepté, je ne sais pas ce qu’ils s’en disent… c’est une bonne question, mais tu vois, le fait que je ne leur ai jamais posée, ça révèle quelque chose de positif, je crois.
Oui, parce que tu ne recherches plus, justement, cette reconnaissance extérieure. Tu te la donnes à toi-même.
Oui, absolument, et du coup merci de m’en faire prendre conscience, Jean-Marc.
Je me disais que ça peut ajouter une couche de difficulté de ne pas se sentir accepté dans son cycle bas.
Tu as raison que l’entourage joue quand même un rôle là-dessus. Et ça, je le compare avec d’autres personnes que j’ai vues en thérapie de groupe. Moi, j’ai eu de la chance. Ma femme, je ne sais pas si elle l’a accepté, mais en tout cas, elle a fait tout pour que je puisse me reposer. Et cela, je sais que c’était une chance pour moi parce qu’il y a beaucoup de personnes, d’abord qui ne comprennent pas le burnout (et c’est normal parce que si tu ne le vis pas, tu ne peux pas le comprendre) et qui, du coup, au contraire, rentrent dans des jeux de culpabilisation en disant : « Mais enfin, tu ne fais que dormir toute la journée ! » Et donc les personnes, en plus d’être accablées, se sentent jugées. Donc ça prend encore plus longtemps à partir. Sur ce plan-là, en effet, en particulier de la part de ma femme, j’ai eu beaucoup de soutien.
Est-ce qu’on peut dire que tu as adouci le rapport à toi-même ?
Oui, carrément ! Le dialogue interne est quand même beaucoup plus serein et j’ai aussi adapté un peu mieux mes exigences. Alors, je suis loin d’être là où je voudrais être… En fait, peut-être que non, en fait, je pense que je suis exactement là où je voudrais être 🙂 Tu ne peux pas imaginer que quelqu’un qui a fait un burnout, un jour, se dise : « OK, de toute façon, advienne que pourra ! ». Enfin, peut-être que ça existe, je ne sais pas. Mais en tout cas, moi, je voulais garder une certaine pression envers moi-même pour atteindre mes objectifs personnels et mes projets personnels. Mais par contre, je me mets beaucoup moins la pression pour aider les autres personnes à atteindre leurs projets et leurs objectifs personnels. Je pense que ça leur appartient maintenant et ce qui m’appartient à moi, ce sont mes propres projets et mes propres objectifs.
On parlait de cette énergie qui est brûlée à l’extérieur, qui te consume quand tu en donnes trop et que tu n’écoutes pas ton corps… par quoi l’as-tu remplacée ? Est-ce qu’il y a une flamme intérieure aujourd’hui qui brûle en toi ? Est-ce que tu sens quelque chose de l’ordre du feu enfin ou peut-être aussi de l’amour ? Est-ce que l’amour a pris plus de place dans ta vie ?
Cela me fait penser un peu à une question d’ordre plus spirituel. Je pense qu’en effet, je suis beaucoup plus aligné dans la façon dont je vis ma vie aujourd’hui et dans la façon dont j’incarne ce que j’ai envie de vivre. Et je pense que ma mission de vie a beaucoup changé. Avant, ma mission de vie c’était faire plaisir à tout le monde et éviter les conflits. C’était être corvéable, serviable. Aujourd’hui, c’est vrai que ce n’est plus la même mission de vie que je me donne. Notamment avec le coaching et la prévention du stress en entreprise. Une des premières choses qui comptent pour moi, c’est justement d’éviter que ça se reproduise. Ou si cela se reproduit (parce que, c’est vrai, je pense que je n’aurais pas pu l’éviter en ce qui me concerne), que les gens aient au moins eu un jour de la prévention pour comprendre ce qui se passe, pour savoir ce qui leur arrive et déjà mettre en place certaines choses, peut-être d’une manière plus « smooth ».
« Avant, ma mission de vie, c’était faire plaisir à tout le monde. »
Et puis, aujourd’hui, en effet, je me suis reconverti. J’ai terminé ma formation de coaching, il n’y a pas très longtemps et, aujourd’hui, je fais du coaching en particulier dans le domaine de l’affirmation de soi. Aider les gens à s’affirmer, c’est quelque chose qui m’est cher et donc, forcément, ça me donne une tout autre énergie. Je fais quelque chose qui m’est cher à moi, qui est en lien avec mes valeurs, avec mes croyances et avec mes missions de vie. Ce qui n’a rien à voir avec le moment où je faisais des choses qui étaient en lien avec les croyances et les missions de vie d’autres personnes.
Est-ce que tu as une adresse ou un site web que tu veux mentionner justement pour que les personnes puissent te retrouver dans ton activité ?
Avec plaisir, oui, si vous tapez « David Coach Pro » sur Facebook, sur Instagram ou sur Google, vous tomberez sur mon site facilement. Mais, moi, j’avais justement aussi des questions pour vous… donc vous faites des retraites et des voyages sur votre site lesoleilenhiver.com, est-ce que vous aussi vous avez des personnes qui viennent en post-burnout en préburnout ou en burnout?
Oui, tout à fait. J’organise des voyages de groupe et on a fait parfois des accueils individuels, qui étaient des expériences très fortes. Il y a une alchimie qui se produit. Les gens repartent dans un état un peu transformé par rapport au moment où ils arrivent. Ce n’est pas qu’on possède une baguette magique, certainement pas dans les matières qu’on évoque, mais il y a quand même quelque chose qui se passe, dans le bon sens. On revient avec plus d’espérance, plus de confiance, plus de clairvoyance. C’est vraiment le but. On se pose encore des questions…
Dans un burnout, est-ce qu’on peut aider la personne ? Si oui, quand, dans quelle phase et de quelle manière ?
Je peux imaginer, oui. Et il y a une personne justement qui a répondu à cette question à travers un livre « Comment traiter le burnout ». Il s’appelle Michel Delbrouck et il s’est posé exactement la question que tu t’es posée, c’est-à-dire à partir de quel moment qui peut aider quelqu’un en burnout. Il a dessiné une courbe, qui ressemble un petit peu à la courbe du deuil, dans laquelle il explique que, dans les premières phases, les seules personnes qui peuvent aider sont soit le médecin de famille soit les psychothérapeutes. En particulier, les psys en TCC justement, qui sont vraiment très bien placés et qui donnent de très bons résultats. Dans un premier temps, le mieux pour la personne, c’est justement de pas trop voyager, c’est plutôt de rester bien chez soi et de se reposer, mais cela concerne les premières semaines, les premiers mois, une période où vraiment la personne est KO et, donc, se faire une valise, ce serait impossible. Prendre l’avion, ce serait beaucoup trop de stress. Il faut savoir qu’à ce moment-là, les émotions sont exacerbées. Alors ce ne serait pas possible pour ces gens-là de partir en retraite.
Par contre, dans un second temps, à partir de l’étape de la reconstruction, on commence à avoir un petit peu plus d’énergie, comme on en discutait tout à l’heure. Et là, c’est intéressant, en effet, de commencer, par exemple, du coaching. Et partir en retraite, de mon point de vue, Jean-Marc, je pense que c’est une excellente idée ! Parce que c’est vrai que ce qui me pesait énormément à un moment, c’est que tous les jours, c’était vraiment la même routine où je me levais, je prenais mon petit-déjeuner, je retournais au lit pour le reste de la journée et, en fait, je ne faisais que l’aller-retour entre la table à manger et mon lit. Donc, du coup, c’était vraiment très très routinier, ça ne me sortait pas de mon cadre et ça ne m’aidait pas du tout à progresser. Je pense, en effet, que certaines personnes, pas forcément tout le monde, mais certaines personnes, gagneraient à ce moment-là à sortir de leur cadre. En particulier, je pense aux personnes qui sont en burnout familial parce qu’il y a leurs enfants qui sont toujours autour d’eux. Sortir de leur cadre, partir en retraite, dans une retraite encadrée, où il y a des personnes qui sont sensibilisées au sujet du burnout pour pouvoir justement laisser prendre de la distance par rapport à leur quotidien et avoir cet espace de parole, cet espace de réflexion où ils peuvent se remettre en question, remettre en question leurs croyances, et un peu évoluer, oui, je crois vraiment à ce projet.
« Certaines personnes qui reviennent d’un burnout gagneraient à effectuer une retraite pour sortir de leur cadre »
Il y a aussi la dimension « nature ». Nous avons cette conviction que la nature, une immersion forte dans la nature, c’est-à-dire être là, en haut d’une sierra, d’une montagne, avec le vent qui souffle, le coucher de soleil, des éléments forts de nature, simples mais forts, les pieds dans l’eau d’un lac, au sommet d’une montagne avec le vent… comme l’impression que ce contact avec la nature extérieure facilite le contact avec notre nature intérieure.
Absolument, et en plus, vous êtes dans un super endroit pour faire des retraites. Vous êtes très bien situés parce que je pense que vous avez beaucoup plus de soleil que ce que nous avons en Belgique et vous avez du coup cette possibilité de vous connecter avec la nature. Figure-toi que les Japonais ont carrément inventé une thérapie, la « sylvothérapie », qui consiste majoritairement à marcher dans les bois, se connecter avec la nature et tout cela. Donc oui, je suis certain que ça doit correspondre à beaucoup de gens au niveau de leurs besoins.
Oui, passer les pieds dans la terre, rester ancré, parce que je pense que le burnout vient aussi, à un certain moment, quand on se coupe du sol, qu’on est hors sol, plus du tout ancré ni à soi ni aux éléments de vie autour de soi et qu’on a coupé les amarres, qu’on est en lévitation quelque part, mais plus du tout en écoute de soi-même ou en écoute de son entourage.
Tu m’ôtes les mots de la bouche. En effet, je pense que c’est non seulement une déconnexion du sol, mais c’est aussi une déconnexion de soi, de son propre corps, parce qu’en effet, mon corps m’avait envoyé des tas de signaux. J’ai eu des maux de dos, des maux de crâne, mais à chaque fois, je prenais un Dafalgan, un Nurofen, et puis j’étais reparti. Et c’est ça le problème. C’est, en effet, de se remettre dans une position où on écoute son corps, où on écoute quand il est fatigué, où on écoute quand il a mal. C’est en effet très important.
Et l’autre scénario auquel j’ai assisté, c’est le préburnout. C’est quand la personne sent qu’elle est au point de craquer et il faut qu’elle il faut qu’elle sorte du cadre avant de vraiment péter les plombs… j’allais dire (je déconne à peine) avant d’aller massacrer quelqu’un 😉
Non, non, tu ne déconnes pas, je suis d’accord avec toi. Moi, c’était un des trucs qui me faisaient peur. Je me disais : « Si je retourne au boulot, je vais en empoigner un ! Je suis tout à fait d’accord avec toi. Je pense que les gens qui viennent vous voir en préburnout, alors là, c’est génial pour eux. C’est super parce qu’ils vont le faire avant de griller l’élastique et donc ils vont garder leur énergie, ils vont garder leurs capacités cognitives, c’est génial pour eux s’ils peuvent le faire.
« Si je retourne au boulot, je vais en empoigner un ! »
Et concernant les gens qui sont en sortie du burnout, à l’étape de reconstruction, je suis tout à fait d’accord avec toi que les sortir du cadre, c’est une très bonne chose. Cela peut leur permettre d’avancer d’une manière plus sereine. Dans un graphique de ce livre, ils expliquent que c’est à partir de l’étape 6, donc l’étape de reconstruction, que tu peux commencer le coaching. Parce que, toi comme moi, je pense qu’on sera d’accord là-dessus, par rapport à la psychothérapie, le coaching est plus confrontant. Tu vas parfois chercher le coaché dans ses retranchements pour le confronter. Et lorsque tu es en burnout, tu n’as pas ce genre d’énergie, ton cerveau ne marche pas comme cela, tu prends certaines questions comme une grosse attaque. J’ai fait du coaching pendant que j’étais en burnout avec quelqu’un qui était très méthodique et qui avait l’habitude, donc ça s’est quand même bien passé. Mais, en effet, quand elle me confrontait, je voyais cela comme une véritable attaque. C’était vraiment quelque chose qui me prenait plusieurs jours pour me remettre et cela n’est pas recommandé. Ce n’est pas le profil recommandé pour tes retraites. Par contre, quand les personnes ont un peu plus d’énergie, qu’elles ont cette capacité de discernement et qu’elles ont un peu plus de jus, je pense que ça peut les booster, oui, tout à fait.
Quand tu parlais de faire un travail avant que ça pète, je pensais à la courroie de distribution 😉
Oui, c’est tout à fait ça, cela me parle aussi. Sauf qu’à ce moment-là, tu vois, c’est la courroie de distribution, les phares, un pneu, le pot d’échappement… et, en fait, il n’y a même plus de volant ! D’un coup, tu te rends compte qu’en fait, ça fait des années que ta bagnole n’avance plus et que tu mets toujours un peu de scotch, un peu de tape, pour que ça tienne, mais qu’à un moment donné, oui, comme tu dis, c’est la courroie de distribution qui finit par te dire que c’est fini pour toi !
J’avais encore une question concernant l’écoute de soi. Alors, on peut bien entendre l’écoute de soi au niveau physique, ton corps te dit « Tu es fatigué », mais tu dois fonctionner. Donc il y a tous ces signaux d’écoute de soi à un premier niveau, qui est physique, puis psychologique : « Je ne me sens pas trop bien, mais bon, ça va, je vais me lever ». Mais est-ce qu’il y avait une écoute de toi plus profonde ? Par exemple, est-ce qu’il y avait une voix qui te parlait de rêve ou qui te parlait d’une autre direction ou qui te parlait de quelque chose que peut-être un jour tu avais envisagé de faire et que tu ne t’étais jamais permis de faire ? Est-ce qu’il y avait une graine en toi, mais que tu n’avais jamais laissé germer et pousser ?
Est-ce que, à l’époque, l’idée de faire du coaching dormait en toi ?
C’est une excellente question ! Avec le recul, je me dis que c’est vrai qu’à l’époque déjà j’écoutais beaucoup Tony Robbins, par exemple, qui m’inspirait énormément. Et donc, je pense qu’il y avait quelque chose derrière que je ne m’avouais pas. Et c’est vrai que ma femme, elle aussi, m’avait dit : « Tu sais, le coaching, ça existe. En plus, tu aimes bien tout ce qui est humain. Est-ce que tu ne penses pas que ça pourrait t’intéresser ? » Mais j’étais à des millions d’années de penser que j’allais faire cela un jour parce que, pour moi, ce n’était pas possible. J’avais cette croyance-là, c’est dingue, mais c’est en écoutant ta question que j’y pense, j’avais cette croyance-là que ce n’était pas possible pour moi de faire du coaching. Parce que je n’avais pas la formation, je n’avais pas les atouts… voilà, il y avait plein de raisons pour lesquelles je pensais que c’était tout à fait impossible et, finalement, c’est le fait de me prendre le mur qui a fait que j’ai dû travailler énormément sur moi-même et que là, aujourd’hui, ma voie de sortie, au contraire, c’est le coaching. A l’époque, je ne peux pas te dire avec authenticité qu’il y avait une voix qui me poussait vers cela parce que, s’il y en avait eu une, je l’aurais fait taire. Mais, au final, c’est un peu ce qui s’est passé, donc… non pas que je sois content d’avoir fait un burnout, je ne pense pas qu’on puisse déjà parler de cadeau caché, mais je suis assez fier de ce que j’en ai fait, au final.
« Et, donc, la morale, c’est de toujours écouter sa femme [Rires].
Alors, je te dirais qu’en effet, cela ne ça sert pas à grand-chose de se disputer ou de contredire sa femme, c’est beaucoup mieux d’attendre qu’elle change d’avis, ça va beaucoup plus vite [rires].
« Et donc, la morale, c’est de toujours écouter sa femme ! »
[Après avoir repris un ton sérieux] J’avais encore peut-être une question, d’un autre ordre. On parle parfois d’animaux intérieurs. Tu as, par exemple, le lion orgueilleux ou le paon, qui fait la roue, qui veut se montrer, etc. Tu sais, cette énergie animale qu’on a en nous, quand on dit que l’homme est un loup pour l’homme, qu’untel est têtu comme une mule, enfin toutes ces expressions animales qui sont là en nous, qu’on utilise quotidiennement. Quel animal étais-tu avant ton burnout et quel animal es-tu devenu aujourd’hui ?
Je pense qu’à l’époque, je me serais identifié à un animal du type de… la fourmi. La fourmi qui travaille pour toute la colonie, la fourmi qui essaie de faire en sorte que toute la colonie puisse fonctionner, qui supporte 200 fois son poids pour faire plaisir à la reine, pour faire plaisir aux autres ouvrières, etc. Aujourd’hui, l’animal dans lequel je m’identifie le mieux, c’est justement dans le jeu Totem que je l’ai vu, c’est plutôt un mouflon. C’est un animal qui vit en montagne et qui peut rebondir sur les montagnes de difficultés. C’est un animal qui me parle énormément parce que c’est vraiment ça, je pense, qui a fait que j’en suis là aujourd’hui. Par contre, j’ai très envie de vous retourner la question : avec quel animal tu t’identifies ?
Je vais être honnête avec toi. Moi, j’ai l’impression que je suis en train d’accepter de perdre un combat avec mon lion, qui était cette partie de moi qui voulait toujours également performer, briller, etc. J’ai eu… alors je te fais vraiment une confidence… j’ai eu la chance, puis finalement la difficulté, presque la malchance d’avoir toujours été premier de classe dans mon parcours scolaire, par exemple, et puis au début de mon parcours professionnel. Tout allait trop bien j’étais presque sans effort premier et, attention, en disant cela, je ne suis pas en train de te dire que j’étais quelqu’un de parfait bien entendu. En fait, j’étais performant sur le plan qu’on attendait de moi, sur le plan scolaire, par exemple. Et pour moi, aujourd’hui, très sincèrement, je vois l’intelligence scolaire, l’intelligence intellectuelle, telle qu’on la suscite à l’école comme une seule des intelligences disponibles. Elle n’est vraiment pas complète ! En fait, elle n’est qu’une facette de l’intelligence. Mais comme ça marchait bien moi dans ce rayon-là, je me suis fort construit et j’ai peut-être un peu trop misé là-dessus, jusqu’à avoir cette attitude de premier de classe, y compris par la suite en consultance. En me disant : « Voilà, il faut que je sois le meilleur des meilleurs dans mon domaine, c’est moi qui trace la voie dans dans mon domaine »… et maintenant, rien que de l’évoquer, ça me donne la chair de poule. Cela me ferait m’écrouler en pleurant pour les mêmes raisons, probablement, que celles pour lesquelles tu t’es écroulé.
Mmm, ça me parle énormément ton raisonnement.
Parce qu’il y en a marre de cette performance et puis, à un moment donné, on s’épuise. Et la vie, c’est pas ça ! La vie, c’est pas cette performance, en tout cas dans la vision que j’en ai maintenant.
Moi, je n’ai pas l’impression que tu es en train de perdre un combat contre un lion. J’ai plutôt l’impression que tu es en train de le dompter, du coup, parce que tu fais ce qui te plaît [Sourire].
« J’ai vécu le passage du lion à la mouche. »
C’est marrant comme l’interview s’est retournée, mais c’est très bien ainsi. Oui, c’est cela, quelque part, il s’agit de le dompter, le lion. Et le coaching (parce que j’en fais aussi, comme tu le sais) m’aide énormément à cela. Le coaching m’enrichit énormément et me pousse à prendre une position qui n’est plus du tout celle du lion. Ce serait une catastrophe en coaching de prendre la position du lion. Je suis beaucoup plus dans la position de… et quand je dis « je suis », en réalité, j’œuvre à être, parce que c’est un apprentissage… j’œuvre à être beaucoup plus dans la position d’une mouche. Quelque chose qui ne serait pas grand-chose à côté de la personne coachée, qui est là pour prendre l’espace. Une mouche, c’est quelque chose qui peut être un peu énervant. Comme tu disais, le coaching a quelque chose de confrontant. « Mais qu’est-ce que tu viens me chercher avec ces questions ? » Et, donc, c’est un petit peu contrasté j’avoue comme passage, le passage du lion à la mouche.
Quelle serait la musique de fin pour ce podcast ? La musique qui sonnerait juste pour toi ?
C’est une super bonne question et je t’avoue que je ne l’avais pas vu venir.
Il se pourrait qu’en fait ce soit peut-être la même musique que celle que j’évoquais tout à l’heure, avec ma perception de cette musique qui aurait changé. Parce que cette musique est devenue un ancrage auditif. Quand je l’entends, j’ai encore les larmes qui montent, j’ai encore beaucoup d’émotions rien que quand j’en parle. Donc peut-être que ce serait la même musique, mais en même temps, elle est un petit peu triste et ce serait bien qu’on clôture sur une note un peu plus positive.
Ah vraiment c’est une excellente question et je ne l’avais pas vu venir du tout ! Tu me laisses regarder dans ma playlist ? Ah ouais, peut-être celle-là ! Bon, purée, c’est vraiment une musique de gonzesse, mais c’est pas grave. « Story of my life » de One Direction. C’est le premier truc qui me vient là, maintenant, dans la playlist, qui en fait est vraiment très bien. C’est le genre de truc que je peux écouter à fond dans mon volume pour aller en formation, pour aller en coaching, donc oui, c’est pas mal.
Pourquoi ? Cela te donne quelle énergie ?
Je crois que c’est le rythme de la musique. Vraiment beaucoup plus rythmé, plus sympa, plus ensoleillé. Justement qui me va très très bien. Ah, attends ! Ou alors sinon…il y en a une, en effet, que j’aime bien écouter aussi. Je ne me rappelle plus le titre exact, mais je pense que c’est « The best day of my life » de American Authors. En fait, c’est aussi un truc très rythmé et peut-être que c’est celle-là qui me correspondrait le mieux parce que c’est vraiment la chanson qui me fait me sentir… en fait, autant avant j’avais des journées où je n’avais pas envie d’aller au boulot, j’étais déprimé, je n’étais vraiment pas bien, autant là, maintenant, je me dis aujourd’hui, chaque jour, que c’est le plus beau jour de ma vie ! Il y a des trucs qui se passent tous les jours, c’est vraiment magnifique, je vis à 200 % je suis vraiment aligné avec ma mission de vie et pour ça, oui, je pense que cette musique correspondrait bien à mon état d’esprit actuel.
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