L’interview d’Isabelle se tisse autour du texte que vous retrouverez intégralement ci-dessous.
Ci-dessus, vous pouvez écouter la première partie de l’interview sur YouTube.
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Et voici le texte autour duquel notre interview se tisse…
En occident, depuis plusieurs siècles, la société s’est enfoncée dans la matière comme si elle était notre seule réalité. René Guénon parle d’un cycle d’obscuration[1]. Cette matérialisation de notre perception du monde a progressivement réduit notre réalité, et fait disparaître toute une palette de nuances et d’interprétations, et par voie de conséquence, de possibles. Cette réduction de notre champ de perception et de conscience a entaché tous les domaines, ôtant la sève même de la vie, séparant l’en-Bas et l’en-Haut, la Terre du ciel, et brisant l’enchantement qui relie toute chose.
En hébreu « chose » est le même mot que « parole » et « cause », c’est le mot דבר, prononcé dabar. Ces trois lettres unissent les trois notions, indéfectiblement. L’objet devient sujet par la parole, et de cette union découle toute cause. Et quand la « chose » est coupée de la « parole », du « Verbe », c’est la « peste » qui est générée, mêmes lettres דבר, mais prononcées deber. Et nous payons le prix de ce désenchantement du monde, jusque dans nos assiettes, en attestent les vaches folles et les grippes de tout genre qui déciment les élevages plus récemment.

Nos mythes fondateurs eux-mêmes n’échappent pas à la règle de ce désenchantement. Lus à un tout premier niveau de lecture, ou considérés comme des « histoires à dormir debout » au sens littéral du terme, c’est-à-dire, juste bons à endormir des enfants, nous ne sommes plus capables de leur donner du sens. Pire encore, nous perdons jusqu’aux clés qui pourraient nous permettre d’y trouver du sens ! Et perdant le sens de ce qui fonde toute chose, ne sachant pas d’où nous venons, nous ne savons plus non plus vers où aller.
De questionnement de sens, il en est de plus en plus question dans notre société occidentale. Le « sens » n’est pas un mot neutre. D’ailleurs, comment définir le sens ? Pour certains, ce serait presque un mot tabou qui jette l’anathème sur celui qui se pose trop de questions alors que la société s’empresse de fournir des réponses prêt-à-porter. Et plus fondamentalement, faut-il se poser la question du sens ?
En 1960, Kotchen émet comme hypothèse que la volonté de sens est un critère fiable pour juger de la santé mentale de quelqu’un. Réciproquement, l’absence de sens et l’absence de but sont tous deux indicatifs d’un déséquilibre émotionnel, comme le montre une étude d’Anne-Marie von Forstmeyer[2] indiquant que 90% des cas d’alcoolisme considéraient que leur vie n’avait aucun sens. Quant au cas d’addiction à la drogue étudiés par Stanley Knipper, 100% d’entre eux partageaient la conviction que « les choses leur semblaient dépourvues de sens »[3].
Dans les années 1970, une étude sur 500 jeunes gens à Vienne a montré que le pourcentage de ceux qui souffrent du sentiment de « vide existentiel » était en hausse passant de 30% à 80 %[4]. Toujours dans ces mêmes années, une étude statistique a montré que parmi les étudiants européens, 25% d’entre eux avait fait l’expérience de ce sentiment abyssal. Le chiffre est de 60% parmi les étudiants américains. Ce chiffre plus élevé peut être expliqué du fait que la moyenne des étudiants américains est davantage exposée à l’endoctrinement aux conceptions réductionnistes de l’être humain de type « l’être humain ne serait rien d’autre qu’un mécanisme biochimique complexe animé par un système de combustion lui-même capable de communiquer de l’énergie à des ordinateurs, avec une extraordinaire puissance de stockage de l’information »[5].
Tout cela a mené à une sorte de morosité collective et d’agressivité, un malaise général qui envahissent des groupes entiers. Certains se facilitent la vie en se distrayant, c’est le concept du panem et circenses (du pain et des jeux de cirque). D’autres trouvent un bouc émissaire extérieur quelconque sur lequel ils peuvent se défouler de leur colère désespérée, ce qui, naturellement, ne conduit à rien.
Ainsi donc, le manque de sens semble conduire au mal-être. Et d’ailleurs une quête de sens qui aurait été menée en vain résulterait également en une issue fatale, un comportement qui est un état de renoncement. « Dans les camps de concentration, ce comportement était analogue à celui de certains déportés qui, un matin, à cinq heures, refusaient de se lever et d’aller travailler ; au lieu de quoi, ils restaient dans le baraquement, sur la paille au milieu de l’urine et de leurs excréments. Rien alors, ni les avertissements, ni les menaces, ne pouvaient les amener à changer d’état d’esprit. A ce moment-là, quelque chose de typique se produisait ; ils tiraient du fond de leur poche une cigarette qu’ils avaient dissimulée et se mettaient à fumer. Dès cet instant, nous savions que dans les quarante-huit heures, ils seraient morts. Le sens de la vie, toute quête de sens, les avait désertés, faisant place à la recherche d’une satisfaction immédiate.[6] »
Mais comment trouver du sens ? Viktor E. Frankl, survivant des camps de concentration, psychiatre autrichien célèbre pour sa thérapie existentielle appelée logothérapie, qui se concentre sur la recherche du sens de la vie, voit trois solutions pour le découvrir. La première consiste à faire une œuvre ou à se consacrer à une cause. Dans ce cas, l’homme s’expose à ce que le sens lui file entre les mains dès que cette œuvre ou cette cause s’arrêteront. Mais cela peut être une solution temporaire, un tremplin. La deuxième tient au fait de faire l’expérience de quelque chose, par exemple, la beauté ou la rencontre de quelqu’un. Ici encore, si l’objet ou la source de cette expérience disparaît, le sens échappe également. Lier le sens de sa vie à des facteurs extérieurs expose la personne au danger de faire perdre ce sens si le facteur extérieur disparaît. La troisième voie d’accès au sens de la vie est la transformation de soi, le dépassement. Cela relève de la transcendance, au-delà de la résilience.
Il s’agit d’une montée de conscience, ce que Jung a désigné sous le terme d’individuation, c’est la réalisation de soi. Dans la première moitié de la vie, une meilleure adaptation au monde extérieur apporte souvent la guérison d’une névrose, mais pour quelques jeunes et presque toutes les personnes au-delà de la quarantaine, il n’y a pas de guérison tant que la personne concernée n’a pas trouvé en elle-même quelque chose qu’elle peut considérer comme étant le sens de sa vie ou, plutôt sa solution au problème général contemporain. Le retour aux racines spirituelles, un élargissement, une amélioration dans la compréhension et la perception des vérités anciennes sont une solution pour beaucoup ; pour d’autres, l’inconscient semble aussi aspirer à la réalisation de quelque chose qui n’a jamais existé.
La transformation de soi la plus adéquate est celle qui réalisera le programme inscrit en soi. On parlera alors d’accomplissement, il s’agit fondamentalement de « devenir qui on est », en accord avec soi-même. « Ce Soi est le miel pour tous les êtres. Pour ce Soi, tous les êtres sont du miel. Et ce qui est dans ce Soi, c’est l’atman – le purusha fait d’énergie lumineuse, issu de ce qui est sans mort –, c’est l’atman primordial, celui qui est sans mort, Brahman. C’est l’univers. Et en vérité le Soi est le seigneur de tous les êtres, le roi de tous les êtres. De même que tous les rayons sont maintenus entre le moyeu et la jante d’une roue, ainsi tous les êtres et tous les soi (de la terre, de l’eau, etc.) sont contenus dans le Soi », nous dit la Brhadaranyaka-Upanishad.[7]
Le chemin vers ce soi, la verticalisation qui en résulte, libère en nous un sentiment de puissance, de jouissance et de possession sur soi-même, et qui rayonne à l’extérieur. Dans la négative, nous investissons notre potentiel énergétique au plan exclusivement horizontal, nous plongeant dans des fuites en avant qui nous épuisent. Cette fuite en avant est tensionnelle, tôt ou tard, la machine s’enraille et craque.
Ci-dessus, vous pouvez écouter la deuxième partie de l’interview sur YouTube.
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Quel sens ?
Pour revenir au « sens », très fortuitement, en français, le « sens » peut être entendu dans sa double acception de « signification » et de « direction ». Et en hébreu, la direction « vers » et le mot Dieu sont le même mot, אל, el (אל pour אלהים, Elohim, Dieu). Pour les Hébreux, tout mène à Dieu, le sens est Dieu. Et la Tradition est une des voies qui peut nous conduire au sens.

La direction « vers » et El (Elohim, Dieu) sont le même mot.
Et si la Tradition conduit au sens, l’histoire a prouvé que des peuples et des groupes d’individus ayant perdu leur mythe périssaient en peu de temps. « Leur mythe donne un sens à leur vie, ils se sentent, à travers lui, intégrés harmonieusement au cosmos tout entier. De là vient l’importance capitale de leurs mythes de création. » [8] Le mythe vient du grec muthos, qui vient de la racine mu et celle-ci représente la bouche fermée, et par la suite le silence. C’est là le sens du verbe muien, fermer la bouche, se taire. Le grec ancien rattache le mot mueô, dérivé de ce verbe, au verbe « initier » (aux « mystères »), et par suite, il signifie à la fois « instruire » et « consacrer », et où la consécration est la transmission d’une influence spirituelle, ou le rite par lequel celle-ci est régulièrement transmise [9]. Le silence doit être rapporté aux choses qui, en raison même de leur nature, sont inexprimables par le langage ordinaire, n’ont pas de mots pour se dire. Une des fonctions du symbolisme est de suggérer l’inexprimable, de le faire pressentir par les transpositions qu’il permet d’effectuer d’un ordre inférieur à un ordre supérieur, de ce qui est plus immédiatement saisissable à ce qui l’est moins, et telle est précisément la destination première des mythes. Le mythe nous initie à ce qui est encore fermé au sein de notre intériorité. Il ne dit pas ce qu’il veut dire, mais il le suggère par une correspondance analogique qui est le fondement même du symbolisme. Le mythe permet de révéler le mystère qui n’a pas de mots pour se dire, sans l’enfermer. Il devient révélateur de sens pour celui qui entend. Par conséquent, pour ceux qui sont du dehors, qui ne saisissent que ce qui est dit littéralement, il n’est pas donné de connaître le mystère.
« Chaque fois que l’on détruit le mythe historique, religieux d’un peuple, les hommes perdent le sentiment d’appartenir à un tout rempli de sens et ils en sont désorientés. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui témoins de la lutte que doivent mener de nombreux peuples indiens d’Amérique du nord, contre l’alcoolisme, la baisse de la natalité, la dégénérescence générale. Leur mythe est anéanti et, avec lui, le sentiment du sens de leur existence. Pour de telles personnes, il ne reste plus d’autre but en ce monde que d’acquérir des biens matériels ou de périr. Les jeunes partent, les vieux se résignent et la tribu se dégrade. Nous observons ce spectacle attristant partout où le rationalisme technologique moderne est entré en contact avec des peuples intacts, vivant selon leur mythe. Le « Grand Magasin » devient alors le temple moderne. (…) Il s’agit là d’une évolution fausse, névrotique, qui affecte de nos jours de nombreux individus et la somme des individus que sont les groupes sociaux. Pour beaucoup, les valeurs spirituelles transcendant la réalité matérielle se sont perdues. Nous avons, nous aussi, perdu depuis longtemps notre mythe spirituel et sommes, de ce fait, également menacés par une décadence historique concrète, comme nous l’apprend l’histoire. » [10]
Dans notre société occidentale, la Genèse est notre mythe de création. A travers les six jours de la Création, la Genèse expose les structures présentes en l’homme et les mécanismes à l’œuvre qui le conduiront à l’accomplissement ou à l’exil de lui-même. La suite des textes nous raconte la vie des Hébreux et leur histoire est signifiante de ce qui se joue en l’homme et en l’humanité toute entière, en tant que prototype de l’humanité.
Si ces textes sont millénaires, ils sont également d’une incroyable actualité, dès lors que nous appréhendons ces Textes à un niveau plus métaphorique. Nous pouvons y puiser du sens pour traverser des événements personnels et collectifs que le mental ne parviendra pas à expliquer. Ils deviennent alors nourriture, à la façon de la manne dans le désert des Hébreux. Ils sont ce bâton sur lequel nous pouvons prendre appui quand tout se dérobe sous nos pieds.
Il faut pour cela entrer dans leur mystère et rencontrer le Verbe qui, dans sa générosité et sa richesse, nous questionne en profondeur quand nous retrouvons « des oreilles » pour entendre [11]. Pour retrouver cette écoute intérieure, nous sommes invités à passer par une « circoncision des oreilles » : couper le prépuce des mots pour approcher du sens que le récit cherche à nous livrer en secret, son mystère. Redevenir le tout petit enfant qui porte en lui la mémoire des choses et ne se demande pas comment la mer Rouge a pu s’ouvrir en deux pour laisser passer les Hébreux, ni si le Chat Botté chaussait du 37 ou du 42.
Face à l’absence de repères et à l’absence de sens, les Textes sacrés peuvent être une façon de retrouver un cadre et de nous redresser, de trouver un sens à ce que nous vivons et un sens à vivre. « Il y a dans les Evangiles quelque chose d’aussi vivifiant qu’une branche de magnolia. En les lisant, on se sent étrangement dispos, comme un antiquaire qui posséderait une très vieille chaise dont les pieds se mettraient soudain à bourgeonner. » [12] Christian Bobin parle des Evangiles, et nous ressentons la même chose lorsque nous lisons le premier Testament qui fait partie de notre tradition, que nous pratiquions une religion ou pas, car nous sommes issus de la tradition judéo-chrétienne.
Si Dieu existait…
Un homme entre dans un salon de coiffure pour se faire couper les cheveux et tailler la barbe comme il le fait régulièrement. Il entame la conversation avec le coiffeur qu’il connaît bien, et ils discutent de sujets nombreux et variés. Soudain, ils abordent le sujet de Dieu.
Le coiffeur dit :
– Écoute, je ne crois pas que Dieu existe comme tu le dis.
– Pourquoi dis-tu cela ? répond le client.
– Et bien, c’est facile, tu n’as qu’à sortir dans la rue pour comprendre que Dieu n’existe pas. Dis-moi, si Dieu existait, y aurait-il tant de gens malades ? Y aurait-il tant d’enfants abandonnés ? Si Dieu existait, il n’y aurait pas de guerre, de souffrance. Je ne peux pas croire à un Dieu qui permet toutes ces choses.
Le client réfléchit un moment mais il préfère ne pas répondre pour éviter toute confrontation. Le coiffeur termine son travail et le client sort du salon.
Tout de suite après sa sortie, il rencontre un homme dans la rue avec de longs cheveux et une barbe hirsute (il semble bien qu’il ait été longtemps sans s’être occupé de lui-même car il a l’air vraiment négligé).
Le client prend l’homme par le bras, retourne dans le salon et dit au coiffeur :
– Tu sais quoi ? Les coiffeurs n’existent pas !
– Comment ça, les coiffeurs n’existent pas ? s’insurge le coiffeur. Ne suis-je pas ici et ne suis-je pas un coiffeur moi-même ?
– Non ! s’écrie le client. Ils n’existent pas parce que s’ils existaient, il n’y aurait pas de gens avec de si longs cheveux et la barbe longue comme cet homme qui est avec moi.
– Ah mais si, les coiffeurs existent ! La preuve, j’en suis un ! Ce qui arrive, c’est que parfois les gens ne viennent pas à moi, pour se faire couper les cheveux et tailler la barbe.
– Exactement ! s’exclame le client. Tu l’as dit : Dieu existe. Ce qui arrive c’est que les gens ne vont pas vers Lui et ne Le cherchent pas, et c’est pourquoi il y a tant de guerres et de souffrances dans le monde.
Nous avons emprunté cette petite histoire au blog « Un peu de Tao ».
Entrer dans les Textes sacrés, c’est s’engager dans le pari fou que Dieu existe ou, du moins, s’ouvrir à l’existence de Dieu. C’est accepter de se tourner vers Dieu, en nous, vers le Dieu ineffable, inconnaissable, innommable, et non pas le Dieu de nos manuels scolaires et de nos innombrables projections.
« Si Dieu existait, le mal n’existerait pas », est-il coutume d’entendre. « Est-ce que Dieu existe ? » La réponse n’est-elle pas dans la question ? Et à ceux qui s’interrogent « Où était Dieu à Auschwitz ? », posons la question « Où était l’homme ? ». Si face à l’impensable, il est logique, dans un premier temps, que nous imputions nos souffrances à Dieu ou à l’autre, au lieu d’en découvrir la source en nous-mêmes, il arrive un moment où nous avons à nous responsabiliser de nos actes et à arrêter nos projections infantiles qui accusent Dieu de tous les maux. A Auschwitz, Dieu était là, comme Il est partout, mais laissant libre l’homme de ses actes et de sa destinée, du meilleur et du pire.
Si Dieu est partout, et si la miséricorde de Dieu est infinie, elle n’efface pas la justice. Nous avons à assumer les conséquences de nos actes, jusqu’à la quatrième génération, nous disent les Textes (Exode 34:6-7). Aussi portons-nous une lourde responsabilité face à nos enfants. ll est urgent de nous responsabiliser et d’entamer ce chemin de verticalisation.
Mais si Dieu est partout, une œuvre diabolique n’est-elle pas moins en cours, diabolique dans le sens d’une œuvre de division. C’est tout d’abord cette force d’aveuglement, de mensonge ou d’illusion, qui nous empêche de voir Dieu en toute chose. Ce qui nous conduit à réduire le vivant à une valeur marchande aisément permutable de sorte qu’il puisse être traité sans état d’âme. L’œuvre diabolique est celle qui nous détourne de la crainte de Dieu (Crains Dieu, en hébreu,השם ראת’, yirat Hashem). La crainte de Dieu n’est pas celle du petit enfant face à l’autorité parentale. Elle est celle qui résulte en un profond respect pour la grandeur divine et le mystère de la création. Cette crainte se concrétise par l’écoute et la soumission à plus grand que nous. L’homme aimera son Maître d’un amour parfait, c’est-à-dire, d’un amour qui se réalise qu’il y ait rigueur ou bonheur et prospérité. Et le Texte nous dit que « la crainte de יהוה est le commencement de la sagesse » (Psaumes 111:10), mais aussi de la connaissance (Proverbes 1:7). Précisons encore que la « crainte » n’est pas la « peur ». La crainte est une écoute sacrée et une soumission au Maître intérieur « même s’Il nous ôte l’âme »13, tandis que la peur est une soumission à une énergie qui nous domine parce que nous ne l’avons pas encore intégrée. La peur sépare, elle est diabolique, elle nous divise, tandis que « la crainte de יהוה mène à la vie » (Proverbes 19:23). La crainte dite essentielle est celle de l’homme qui craint son Maître parce qu’Il est éminent et souverain, parce qu’Il est la racine et la source de tous les mondes14.
Dieu est partout, mais où est l’homme ? Et après qu’Adam se soit exilé du jardin d’Eden, Elohim lui demande : « Où es-tu ? » (Genèse 3:9). Adam se cache comme nous nous cachons aujourd’hui dans nos vies de matière, dans tous ces espaces virtuels, derrière des filtres et des écrans. Là aussi, le diabolos est à l’œuvre. Nous nous cachons de Dieu, nous nous coupons de Dieu. Coupés de Lui, nous sommes coupés de la moitié de nous-mêmes, nous qui sommes des êtres de matière et de lumière. Nous privant de nos ailes, nous rampons dans toutes les impasses d’une vie exclusivement matérielle qui nous épuise. Nous coupant de Dieu, nous perdons la capacité à reconnaître la présence de Dieu, de l’Être en nous et en l’autre. Dieu, et non une quelconque représentation de Dieu, car l’homme est prompt à se laisser aller à l’idolâtrie qui aujourd’hui, s’est emparée de nos sociétés en se cachant derrière des concepts tels que « la nation », « l’économie », « le politique », « la science », dont on idolâtre les lois comme étant la « seule » façon d’organiser le groupe, l’individu et le « vivre-ensemble » ou de l’expliquer.
Parce que l’on a réduit Dieu aux images mentales que nous nous en faisons, la sortie de l’idolâtrie qui s’est emparée de l’homme est sans doute la première étape pour entamer un chemin de conscience. Sortir de l’idolâtrie, ce n’est plus voir le relatif comme l’absolu et l’absolu comme le relatif. Pour sortir de l’idolâtrie, il nous faut retrouver le sens de l’analogie (ana, logie, « pensée qui élève »), retrouver le lien qui unit chaque être à la Source et voir que rien n’est l’Être, mais que tout est signe de l’Être, et cela ne peut se faire que par l’individuation, notamment parce qu’il y a une force à l’œuvre dans le collectif de notre société occidentale qui tend à nier tout ce qui ne peut être expliqué par des lois que les hommes maîtrisent.
[1] Symboles de la Science sacrée, René Guénon, Editions Dervy, 2022
[2] The Alcoholic’s Understanding of an Existential Theory of Alcoholism, Annemarie von Forstmeyer, 1970
[3] The Unconscious God, pp. 97-100 ; et The Unheard Cry for Meaning, pp. 26-28, Viktor E. Frankl
[4] Retrouver le sens de la vie, Viktor E. Frankl, InterEditions 2017, p. 31
[5] Retrouver le sens de la vie, Viktor E. Frankl, InterEditions 2017, p. 32
[6] Retrouver le sens de la vie, Viktor E. Frankl, InterEditions 2017, pp. 115-116
[7] Brhad Aranyaka Upanishad II, 54, p. 116, Oxford, Clarendon Press, 19000. Cité dans Les Visions de saint Nicolas de Flue, trad. Cit., p. 120-121.
[8] Âme et archétypes – Marie-Louise von Franz, La Fontaine de Pierre, p. 31
[9] Aperçus sur l’initiation, René Guénon, Editions Dervy, 2021, p. 147-156
[10] Âme et archétypes – Marie-Louise von Franz, La Fontaine de Pierre, p. 32
[11] « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende », Matthieu, 13:9 et 11:15
[12] La lumière du monde, Christian Bobin, Editions Gallimard
[13] Le Zohar, Tome I, Editions Verdier, p. 79
[14] Le Zohar, Tome I, Editions Verdier, p. 77
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